Expositions

Figures & variations anatomiques

Annie Baillargeon, Amélie Pellerin et Ita Laïla Le François • du 8 sep. au 13 nov. 2016

Miroir de l’art de vivre de ceux qui nous ont précédés et témoin sensible de nos gestes actuels, le paysage est modelé par des éléments physiques, biologiques et surtout, anthropiques. Dans des approches distinctives et métaphoriques, les trois artistes de Figures & variation anatomiques mettent en scène cette anthropisation – la transformation d’espaces, d’écosystèmes ou de territoires sous l’action de l’homme – mais aussi la façon dont le territoire nous habite et nous modèle. Anatomies humaines et animales, corps hybrides s’amalgament pour créer des paysages fictifs, énigmatiques et poétiques. Présentés sous la forme d’études comparatives des corps et des paysages, les corpus tendent à illustrer cette dualité profonde qui lie l’homme à son territoire, la précarité de leur condition commune quand ils sont l’un et l’autre en relation.

Éboulement - Annie Baillargeon
Éboulement - Annie Baillargeon

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TERRITOIRE PERDU
ANNIE BAILLARGEON

Constitué de montages photographiques alliant la performance, la danse, le dessin et la photographie, Territoire perdu propose des paysages abstraits où le corps semble se dissoudre tout en cherchant à marquer le territoire et à prendre possession de celui-ci. Cette apparente contradiction révèle une dualité profonde de l'homme : laisser sa trace malgré la précarité de sa condition. Le mystère, le beau, le tragique se côtoient et s’allient dans ces allégories sur la condition humaine. Les corps semblent suspendus dans un monde sans profondeur ni pesanteur, les repères spatiaux et temporels sont absents : la dématérialisation de l’espace ajoute à l’étrangeté de ces représentations. Brouillant les perceptions, se dissociant du réel, les images d’Annie Baillargeon transportent avec métaphore le visiteur dans des mondes imaginaires et hybrides.

Les images cherchent également à divulguer, par leur symbolique délicate, le désir de l’artiste de laisser sa marque et de tracer son propre territoire imaginaire, ce chemin vers l’autre pour l’atteindre et susciter des réflexions, des émotions. Ces images abordent la condition du créateur, qui tend à propager la création tout en habitant l’espace de ses propres convictions; elles dérivent ainsi sur la condition même de l’individu en société.

À l’aide de mises en scène performatives – le performeur étant, dans ce cas-ci, l’artiste – l’esthétique des corps présents dans chaque œuvre rappelle les cartographies et créent des univers métaphoriques ambivalents. L’artiste juxtapose aux corps multiples des zones formelles tracées par la peinture, l’encre, le fusain et la craie. Cette hybridation exacerbée de corps, de couleurs et de formes élabore des images qui abordent la notion d’ailleurs, en instaurant des contre espaces où le corps, utilisé comme matériau, recrée des arabesques et des saynètes énigmatiques.
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Annie Baillargeon vit et travaille à Québec. Elle investigue depuis plusieurs années un art pluridisciplinaire basé sur une représentation exaltée et transgressive du corps. Elle a également été membre et cofondatrice du collectif multidisciplinaire Les Fermières Obsédées, dont les performances et les manœuvres ont insufflé une indiscipline au genre de l’art action. Elle est maintenant membre et fondatrice du collectif multidisciplinaire B.L.U.S.H. Au nombre de ses expositions solos, dans les centres d’artistes du Québec et du Canada, on compte L’oeil de poisson et le Centre VU de Québec, Espace F de Matane, la Galerie Séquence de Saguenay et la Galerie 44 de Toronto. Elle a participé aux expositions collectives comme Dans un monde post : Un événement post-punk par l’organisme de création PESOT à l’université de Sherbrook, L’envers des apparences, au Musée d’art contemporain de Montréal, C’est arrivé près de chez vous au Musée National des beaux-arts de Québec et The constructed images, au festival Contact image à Toronto et Touched à la biennale de Liverpool. Son travail a entre autres été présenté en Serbie, à Chicago, au pays de Gales, au Brésil, en Pologne, en Irlande, en Australie, en Équateur et en France. Elle a fait l’objet d’une vingtaine d’articles et publications en plus d’être récompensée par plusieurs prix. Son travail solo est représenté par la galerie D’Este à Montréal et la Galerie 3 à Québec. Ses œuvres se retrouvent entre autres dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, du Musée des beaux-arts du Québec et de la Banque d’art du Conseil des Arts du Canada.

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CORPS, CIEL ET FLEUVE
AMÉLIE PELLERIN

Selon certains courants religieux et philosophiques, l’âme désigne le principe vital, immanent et transcendant de toute entité douée de vie. Elle est l’élément spirituel et immatériel qui anime le corps humain. L’enveloppe charnelle et organique est ainsi habitée par l’esprit – ou est-ce le contraire? Dans sa série de dessins installatifs, Amélie Pellerin s’intéresse à ce rapport corps-esprit, tentant d’illustrer l’intériorité qui en découle. Elle les transpose dans des paysages fantasmagoriques qui rappellent les grottes et les cavernes, mais aussi dans les espaces symboliques du ciel et du fleuve.

Tour à tour, les dessins organiques paraphrasent l’anxiété, l’inconscient, l’imagerie intime. Dans un environnement sobre, minimaliste et épuré qui appelle le silence, le vide devient dense. Les blancs, les noirs, les coups de crayons, les lignes, les silhouettes fantomatiques et les corps en suspension sont les éléments qui constituent les œuvres présentées : on y sent le geste, le processus, l’empreinte qui fabrique ces fragments métaphoriques issus de l’intériorité de l’artiste, de son âme. Les territoires imaginaires qui sont produits témoignent ainsi du paysage intérieur de l’artiste, qui trouve écho et est influencé par le territoire réel habité par elle.
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Dans sa pratique artistique, Amélie Pellerin travaille la relation dedans-dehors, le contenant-contenu l’enveloppe et le corps. Elle est intéressée par le geste brut et l’accident, le processus. Elle aime créer un art qui appelle au toucher, qui invite les corps à participer, à laisser leur empreinte ou à vivre une immersion. Elle crée des mises en scènes, des environnements ludiques, bricolés, souvent en suspension, où se déploient sans cesse ses obsessions : le dessin, les organes, l’anxiété, les animaux fantaisistes, les fantasmes et les rêves, les mots et leurs formes. Ses dessins sont amenés dans l’espace du lieu, envahissent sol et murs, deviennent installation.

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TOI ET TA SPLENDIDE LAIDEUR
ITO LAÏLA LE FRANÇOIS

Toi et ta splendide laideur propose des sculptures hybrides, des corps mi-humains, mi-paysages, qui empruntent à la fois aux métiers d’art et à l’art visuel. Décloisonnant ces pratiques, l’artiste met en scène des œuvres fortes, tant au niveau de leur symbolique que des techniques de réalisation. Composées de bois, de bronze, de verre et de céramique, ses sculptures grand format offrent un ensemble poétique, où la souffrance côtoie le sublime. L’artiste y aborde la coexistence de l’homme et de son territoire, plus particulièrement les lieux dénaturés pour en extraire les ressources naturelles: les mines à ciel ouvert, les barrages hydroélectriques, les pipelines, etc.

Pour l’artiste, nous traitons collectivement le territoire comme nous traitons notre corps : de façon abusive et autodestructive. Par le maillage de l’anatomie humaine ou animale aux paysages de l’industrie primaire, l’artiste tend à exprimer le lien indéfectible entre l’homme et l’espace qu’il habite : mutiler l’environnement ou son propre corps revient alors au même.

Plongé dans un univers étrange, le visiteur découvre des œuvres à la fois dérangeantes, parce que criantes de vérité, et belles, témoignant d’une maîtrise technique remarquable de l’artiste. Marquée d’une intervention violente caractérisant l’extraction des ressources, chaque œuvre suscite une remise en question individuelle et collective. Car, après tout, nous sommes la nature!
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Ito Laïla Le François vit et travaille à Saint-Narcisse de Rimouski. Le territoire, la violence, l’obsession du corps et l’incongruité humaine sont des notions qu’elle explore à travers une infinité de médiums : verre, bois, céramique, métaux, peaux, textiles. Semblant sorties d’un songe, ses sculptures sont empreintes de poésie. Après avoir poursuivi des études collégiales en techniques de métiers d’art, elle a été obtenu en 2013 un baccalauréat en beaux-arts à l’Université Concordia. Depuis, son travail a fait l’objet de plusieurs expositions solo et collectives un peu partout au Québec (entre autres Montréal, Québec, Rimouski, Sept-Îles, Baie Comeau) ainsi qu’à Toronto. Elle est également récipiendaire de divers prix, bourses et distinctions.


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